PONDICHÉRY : plus de trois siècles d’histoire


Comptoirs_des_Indes

Carte postale III° République

« Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Yanaon, Karikal » qui encore aujourd’hui se souvient de ces noms magiques qui illuminèrent l’imagination de nos parents ou de nos grands-parents ? Pour les générations du « baby-boom » de l’après-guerre ces comptoirs exotiques des Indes Françaises ne figuraient déjà plus dans les manuels scolaires. Dès lors, comment s’étonner que des élèves de terminale de nos lycées soient dans l’incapacité de situer Pondichéry sur une carte ?

Pourtant l’histoire est ancienne. Elle débute sous Henri IV et se termine en 1954 : trois cent cinquante ans de présence française au sud de l’Inde sur la côte de Coromandel face au golfe du Bengale.

En 1616, ces « Messieurs de Saint Malo » arment le « Saint Louis ». Lors de l’escale à Pondichéry, ce navire de commerce obtient du seigneur local, le « Nayacq », un traité de commerce qui consacrait le premier établissement commercial (appelé « loge ») : « le Nayacq de Pondichéry, sis en la côte de Coromandel avait permis par traité de bâtir et entretenir en son ressort une forteresse pour sûreté du commerce français ».

C’est sous le règne de Louis XIII que les choses sérieuses commencent, puis sous Louis XIV où Colbert crée en 1664 la « Compagnie des Indes Orientales » inspirée de l’exemple Hollandais. Elle reçoit le privilège royal du « commerce exclusif dans toutes les mers des Indes et au-delà des Isles Bourbon (1) et de France (2) ». Elle jouissait d’autre part, de la propriété privée de tous les territoires qu’elle pouvait occuper et d’une souveraineté presque entière, avec en particulier le droit de lever et d’entretenir des armées pour la protection de ses intérêts commerciaux.

Ayant également reçu du Roi la « propriété perpétuelle » de l’île de Madagascar où l’on

rêvait de créer une « France équinoxiale », très aidée par l’escale de l’île Bourbon, la Compagnie des Indes installe plusieurs comptoirs dont Pondichéry.

Après diverses péripéties sous le règne de Louis XV, le Gouverneur Général et le Conseil Supérieur de la Compagnie s’installent à Pondichéry. De 1725 à 1740 s’ensuivra une période de grande prospérité dont profitera l’établissement.

Une histoire indissociable des noms de François Dumas, le fondateur, de Lenoir, de Dumas ou encore de Dupleix et de Mahé de la Bourdonnais s’ensuivit. Les guerres en Europe eurent de tragiques conséquences pour Pondichéry. La guerre de succession d’Autriche (1744-1748) et la guerre de sept ans (1756-1763) entraîneront le siège puis le sac de la ville par les Anglais (1761) qui fut toutefois réoccupée en 1778 et 1793 et reconstruite.

La Révolution française de 1790 est fatale à la Compagnie des Indes qui disparaît. Il faudra attendre 1815 (la chute de Napoléon) pour que Pondichéry soit restituée définitivement à la France par les Britanniques.

Il devait s’en suivre près d’un siècle où alternèrent indolence et somnolence.

La Première Guerre mondiale vit Pondichéry fournir un important contingent de combattants (3). En juin 1940 le gouverneur des « territoires français de l’Inde », François Bonvin, fut le premier à rallier le Général de Gaulle dès le 20, soit 48 heures après l’appel du 18 juin.

(1)- Île de la Réunion

(2)- Île Maurice

(3)- Sur le frontispice du monument aux morts de Pondichéry figurent les noms de 41 soldats tués en 14/18, 108 pour 1940/45, 49 en Indochine.

 

DUPLEIX : Une figure de légende

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De la longue histoire de Pondichéry quelques noms sont restés à l’histoire. Tout d’abord, François Martin, le fondateur. En 1763, aidé de six compatriotes et de deux capucins, à peine débarqués, ils construisent quelques cases de roseaux et branchages.

Ce n’est que trois ans plus tard, qu’un navire français de commerce revient jeter l’ancre. Il s’appelle « La Vierge » et repart chargé de marchandises pour Lorient. C’est le début de la ligne maritime commerciale entre Pondichéry et la métropole.

En 1686, François Martin entreprit la construction de fortifications. C’est en 1706 qu’est édifié le fort « Vauban » d’après les plans de celui de Denain.

C’est également à ce bâtisseur infatigable que l’on doit le plan de la ville en damier si caractéristique.

Ses successeurs, Lenoir puis Dumas développèrent la ville et lui donnèrent ce style inédit en Inde. Les fortifications furent rehaussées et renforcées. Des arbres sont plantés le long des rues et dispensent un ombrage bienveillant.

Malgré tout cela, la figure légendaire qui demeure à jamais attachée au territoire est bien celle de Joseph François Dupleix ; une aventure hors du commun, celle du premier empire colonial français.

Fils d’un important actionnaire de la Compagnie des Indes Orientales, Dupleix devient en 1720 commissaire des guerres et membre du conseil supérieur de la Compagnie à Pondichéry.

Il y fait prospérer les affaires de manière spectaculaire et au bout de dix ans est promu gouverneur de Chandernagor qu’il sort de sa léthargie. Il développe le commerce avec la Chine dont les produits sont très prisés en Europe. Les bénéfices s’envolent. En 1741, à 44 ans, il épouse une belle et jeune veuve métisse franco-indienne, Jeanne Albert de Castro, qui sera surnommée la « bégum Jeanne ».

L’année suivante, il est promu gouverneur général des « établissements français en Inde » et revient à Pondichéry. Comme son prédécesseur François Dumas, il noue des alliances avec les princes hindous et loue les services de son armée composée de soldats locaux armés à l’européenne et commandés par des Français (les Cipayes). En échange, il reçoit des avantages commerciaux et territoriaux. Son épouse l’aide précieusement grâce à sa connaissance de la société locale. En peu de temps il règne sur quasiment tout le sud de la péninsule indienne.

Les Anglais, surtout présents dans le Nord, voient cette concurrence d’un mauvais œil. S’ensuivent des combats incessants. Dupleix prend d’assaut Madras puis doit se replier sur Pondichéry où il subit un siège anglais de 42 jours.

Au faîte de sa gloire il est contesté par la Compagnie des Indes qui voit ses recettes immédiates fondre du fait des dépenses de guerre. La quête du profit immédiat l’emporte sur les investissements et les gains, certes différés, mais multipliés au centuple. Dupleix est relevé de ses fonctions et rappelé à Paris où il subira un procès aussi infamant qu’injuste dans l’indifférence générale. Voltaire écrira dans une formule lapidaire et méprisante : « une querelle de commis pour de la mousseline et des toiles peintes. »

La France signe en 1763 le traité de Paris et abandonne les Indes. « Généreusement » les Anglais nous concèdent cinq places : Chandernagor, Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon.

Un long sommeil nostalgique s’installe sur nos comptoirs. Il demeurera, peu ou prou, jusqu’en 1954 date à laquelle ils seront rétrocédés à l’Inde désormais indépendante.

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La statue de Dupleix sur le front de mer fut édifiée par ordre de Napoléon III en 1870.

Déposée lors de la rétrocession de 1954 elle fut replacée sur son socle en mai 1982.

(photo de l’auteur)

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La façade du palais de Dupleix mesurait près de cent mètres. Il fut rasé par les Anglais en 1761. (dessin d’époque)

 

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Plan de Pondichéry en 1705 (Institut Français de Pondichéry)

 

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Vue de Pondichéry vers 1750  (Institut Français de Pondichéry)

 

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Les Cipayes défilent devant la caserne Dumas en 1914. Ils sont armés du fusil Lebel. (collection de l’auteur)